samedi 22 février 2014

Frères et sœurs, un soutien mutuel.

Frères et sœurs, un soutien mutuel.


La séance de thérapie d’un enfant présentant des problèmes psychosociaux donne encore de meilleurs résultats lorsque ses frères et sœurs sont présents. L’enfant se sent souvent mieux soutenu ; quant au thérapeute, il obtient un plus large éventail de réactions.

Lorsqu’un enfant est manifestement malheureux ou qu’il adopte des comportements tellement problématiques que cela perturbe son quotidien ou celui de son entourage direct, les parents recourent parfois à un thérapeute familial. Il n’est pas rare, dans ce contexte, que celui-ci demande aux frères et sœurs de l’enfant d’assister aux séances. De nombreux thérapeutes sont en effet convaincus que leur présence peut créer des occasions uniques d’adapter encore mieux et plus rapidement la thérapie à l’enfant, en tenant compte de la dynamique.

La psychologue clinique Karin Tilmans, thérapeute familiale attachée à la VAGGA (Association de santé mentale en ambulatoire, à Anvers) l’illustre au moyen d’un cas pratique : « Une maman est venue me consulter avec son fils pour cause de crises agressives régulières. Elle attribue cela entièrement aux expériences négatives du gamin à la maison : la violence familiale était en effet courante peu avant, me raconte-t-elle. Elle souhaite que son fils participe à des séances de groupe pour apprendre à maîtriser ses émotions. Cependant, elle n’évoque pas l’obésité du gamin, alors que des habitudes alimentaires malsaines peuvent aussi engendrer des émotions négatives. Mais je ne peux pas le lui dire, en tout cas pas lors d’un premier entretien, au cours duquel je veux écouter du mieux possible sa demande d’aide spécifique et son point de vue. Je ne veux pas non plus d’emblée me mettre le garçon à dos. Peut-être vit-il mal son obésité. Dans le coin jeux, sa petite sœur joue avec de la pâte à modeler. Je remarque qu’elle compose une belle assiette de fruits et en profite pour lui demander : ‘Qu’en penses-tu ? Ne trouves-tu pas que ton frère devrait manger plus sainement ?’ Grâce à la fillette, j’ai donc quand même l’occasion d’aborder les habitudes alimentaires, ce qui représente un gain de temps pour la thérapie. De plus, nous pouvons discuter de ce nouvel aspect très spontanément. Car ce n’est pas moi mais la petite sœur qui a mis le sujet sur le tapis. Et de sa part, le gamin acceptera probablement beaucoup plus que d’une thérapeute inconnue. » 

Une hésitation compréhensible

Cette approche thérapeutique (en présence des frères et sœurs), bien que courante, n’est pas une méthode standard en thérapie familiale. Les parents qui la souhaitent ont donc tout intérêt à demander au thérapeute s’il utilise cette méthode. D’autre part, certains parents ne voient pas d’un bon œil la proposition d’impliquer les frères et sœurs dans les séances de thérapie. « Nous souhaitons faire preuve de la plus totale compréhension à leur égard, insiste Karin Tilmans. Les parents se demandent souvent comment cela va se passer et ont déjà du mal d’accepter le fait qu’ils ont besoin d’une aide thérapeutique. C’est comme s’ils avaient échoué en tant que parents. Ils craignent les critiques négatives – ou les ont déjà entendues – de la famille, des amis, collègues ou autres intervenants. Et ils veulent donc vérifier si le thérapeute mérite leur confiance et celle de leur enfant avant d’y impliquer toute leur progéniture. » 

Généralement, les parents comprennent dès le premier entretien que le but du thérapeute n’est pas de trouver des coupables mais de chercher des solutions qui peuvent améliorer la situation. « Ils apprécient également que nous ne collions pas immédiatement une étiquette sur leur enfant mais que nous abordions son problème dans un cadre aussi large que possible. Et lorsqu’ils constatent que le thérapeute a gagné la confiance de leur enfant, ils sont d’accord d’amener les frères et sœurs. » 

Sans frein

Les jeunes frères et sœurs donnent souvent inconsciemment, par leurs jeux ou leur langage corporel, des signaux importants qui peuvent constituer pour le thérapeute un fil rouge dans son entretien avec l’enfant, situant ainsi le problème dans une perspective plus large. Les frères et sœurs plus âgés en revanche donnent souvent des signaux très directs, via leur langage. Lorsqu’ils se rendent compte que leurs parents se sentent suffisamment en confiance chez le thérapeute, leur spontanéité les entraîne à évoquer certaines péripéties familiales dont les parents n’ont pas osé parler. Or, ces informations sont justement très précieuses pour le thérapeute. Il arrive d’ailleurs que l’enfant concerné ne soit pas le seul à tirer profit de l’aide, comme l’atteste ce nouvel exemple : « Une maman me consulte pour son fils qui a des problèmes de comportement. Sa sœur aînée assiste à la séance. Selon la mère, c’est le petit soleil de la maison, une enfant qui ne lui donne aucun souci. Je propose que le petit garçon prenne part à une thérapie de groupe mais il refuse, car il craint d’entrer dans un groupe où il sera taquiné par des gamins de son âge, comme à l’école. À la surprise générale, sa sœur dit : ‘Moi, je veux bien venir à la thérapie de groupe, parce que cela m’embête aussi ce qui s’est passé à la maison. Personne ne le remarque, mais je fais des cauchemars et je vois tout le temps des vilaines images d’avant.’ Elle évoque une période de violence dans la famille. C’est donc la sœur qui va suivre une thérapie de groupe. Son frère se rend compte que la thérapie lui fait du bien et qu’à la maison, elle ose beaucoup plus parler de ce qu’elle vit. Nous espérons maintenant que cela va encourager le garçon à franchir le pas et à suivre aussi une thérapie de groupe. » 


Même longueur d’ondes 


Les frères et sœurs peuvent non seulement faciliter les choses entre eux mais aussi se rendre les uns les autres plus sensibles ou plus ouverts à un avis thérapeutique. « Si je dis aux parents d’un ado que sa passion pour les jeux informatiques commence sérieusement à ressembler à une assuétude, cela n’aura guère d’impact sur lui. Mais si sa sœur qui assiste à la séance raconte que leurs conversations lui manquent depuis qu’il est vissé à son ordinateur, il y a beaucoup de chance que cela le touche. » 

L’effet que les frères et sœurs peuvent exercer les uns sur les autres est comparable à celui que l’on constate entre des participants non apparentés dans une thérapie de groupe. « Un avis qui vient d’un pair est accepté bien plus facilement, poursuit Karin Tilmans. Si par exemple, je donne à des enfants des conseils en thérapie de groupe pour leur apprendre à maîtriser leur colère, je ne peux qu’espérer qu’ils les expérimentent chez eux. Mais si un enfant vient lui-même avec un truc, quelque chose qui a bien marché pour lui, c’est bien différent. On peut alors être certain que la plupart des enfants l’auront testé dans la semaine (rires). » 

Source & info: www.levif.be (Par An Swerts)

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